Mes petites histoires

À quelques années d’une fin de carrière, une envie de laisser ces petites histoires ordinaires drôles ou pas, le quotidien du plus beau métier du Monde…

Fend la bise : Dans ma classe unique, nous avions pris l’habitude, dès les premiers beaux jours, de sorties « nature » dans la campagne proche. Une année, nous voulions aller vers des étangs plus lointains. La sortie vélo s’imposait mais j’avais un élève handicapé qui ne pouvait pas en faire.

Julie a demandé à sa mamie sa vieille charrette, un petit coup de nettoyage, de l’huile dans les roulements, nous l’avons accroché à mon vélo et baptisé « fend la bise ». Un petit fauteuil, des coussins et Kevin a pu s’installer confortablement. Son grand père lui avait trouvé une casquette de capitaine. Il était chargé de la sécurité. Sur la petite route calme, dès qu’une voiture arrivait à l’arrière de la caravane, il agitait son drapeau rouge. Quelle fierté !

La Pardieu : Classe de neige et correspondance par Lyon Pardieu. 2 adultes, 20 élèves bien chargés (les combinaisons prennent de la place) et 20 petites minutes pour notre transfert. Prudent, je m’informe et j’appelle la SNCF. « Pas de soucis, Monsieur, nous notons tout cela, vous aurez, dès votre arrivée à Lyon, une équipe qui vous aidera dans cette correspondance »…  Légèrement inquiet, je rappelle la veille du départ, même assurance…

Arrivée à Lyon, évidemment, pas une casquette, pas un gilet rouge à l’horizon et un retard de 10’ … Qui connaît La Pardieu, imagine le stress… Avec  Aline, l’accompagnatrice, nous nous chargeons des bagages  des plus petits, 3 sacs à chaque main et partons dans une course folle, escaliers, couloirs, repérer la voie, faire demi -tour, compter et recompter, encourager et arriver juste, très juste à temps. Les casquettes apparaissent enfin pour nous aider à charger cette grande famille ! Gagné !

Mon pire souvenir, s’il n’en faut qu’un : J’étais alors dans une classe unique d’un petit village de Lorraine, 25 élèves du CP au CM2. Arrive après les fêtes de Noël, un nouvel élève, G………, 8 ans, en CE1, placé dans une famille d’accueil du village. Une histoire personnelle terrible… Il était très violent, amaigri, en grande difficulté…

Il a chamboulé le calme de notre petite classe. Mais très vite, avec l’aide de tous ses copains qui étaient d’une tolérance infinie, il s’est apaisé, a retrouvé le sourire. Ce petit oiseau blessé s’est remplumé, premier arrivé, dernier parti. Il a appris à lire à une vitesse incroyable porté par les encouragements de toute une classe…En quelques semaines, ses progrès furent incroyables. Et puis, avant les vacances d’hiver, l’éducatrice est passée. G……. était trop bien, trop épanoui sans doute. Ils ont décidé de le renvoyer en foyer. J’ai appelé l’inspection, tous les services administratifs possibles… Mais je me suis heurté à un mur. C’est comme ça, c’est la règle… G……. nous a quitté un vendredi soir. Tous ses copains étaient en pleurs, ce fut un moment terrible aussi pour le maître de la classe, mon pire souvenir… et de très loin.

Métro : Autre classe de découverte et passage dans le métro lyonnais. Je mets la pression gentiment sur mes élèves. « Attention, le temps d’arrêt est court, il ne faut pas rêver et être réactif, si jamais nous nous perdons, pas d’inquiétude, vous sortez à la station suivante, vous avez mon téléphone… »

J’ai dû être persuasif. Ils sont restés incroyablement agglutinés auprès des 3 adultes, des masses compactes durant tout ce déplacement. Nos petits montagnards étaient sans doute moins à l’aise que sur les pistes de ski.

Humour, humour : En CM, exercice de conjugaison classique. Dans une phrase, un verbe est conjugué au plus que parfait… Mes élèves ont du mal à retrouver ce temps… Pour plaisanter (ça m’arrive), je leur dis qu’il suffit de penser à moi …. Avant d’ajouter c’est le plus que parfait !

Et Léo, élève plutôt calme, presque timide,  intervient et me dit : « Toi, ce serait plutôt l’imparfait ! »

Il avait tout compris !

Ophtalmo recommandé :  Jour de décharge, je passe dans le bâtiment maternelle pour apporter des documents à distribuer. Couloir assez sombre, les petits sortent doucement de la sieste et quand j’arrive, Thomas se plante devant moi, et me dit « JM (oui, les petits de maternelle m’appellent par mon prénom), tu es beau ».

Difficile de ne pas éclater de rire mais j’en profite quand même pour inviter la maîtresse à évoquer, avec les parents de Thomas, cet « incident » et leur conseiller de rencontrer rapidement un ophtalmo.

Jeune rebelle : de service dans la cour de récréation, un élève m’appelle sous le préau. En arrivant, je constate que la poubelle est renversée et Tony, moyenne section, penaud me fait face. Les autres me confirment qu’il est bien l’auteur du délit. Je prends ma plus grosse voix et le gronde copieusement, le silence se fait, je dois vraiment avoir une grosse voix. Et là, Tony, me regarde et me dit « tu sais, JM, tu ne me fais même pas peur ! » Les copains tout autour sont effarés, j’ai du mal à garder mon sérieux. Mais je fais face.

Foutue journée : La journée s’annonçait belle et puis A. est arrivée en classe, la mine défaite, accompagnée de son papa. J’ai compris très vite. Les recours étaient épuisés, ils devaient quitter le centre d’accueil, là, tout de suite, quitter l’école qu’elle fréquentait depuis 2 ans. Juste le temps de ramasser ses affaires, de lui faire son certificat de radiation devant ses copains effarés. Une bise, une étreinte avec son papa en pleurs et puis plus rien. Se retrouver en classe, anéanti, quelques mots échangés, l’incompréhension. France, pays des droits de l’Homme, où sont les droits de ces enfants ?  Ils ne pourraient pas avoir un petit sursis, histoire de terminer leur année scolaire ? Ce soir A. doit être dans un foyer qu’elle quittera sans doute à 6 h demain matin… le 115, quand on a 11 ans…  Paraît qu’il faut s’endurcir… mais il y a des jours difficiles.

Quand vient l’âge : séance de gym, sur les tatamis. Après l’échauffement, on commence par la roulade avant, pas trop difficile, tout va bien. Atelier n°2, la roulade arrière… D’habitude, chaque année, j’ai quelques élèves qui font de la gym au club local. Ce sont mes meilleurs cobayes. Mais pas d’élèves spécialistes, cette année.

C’est le genre d’exercice que je maîtrise, je me mets en place pour leur montrer, je décompose, les différents temps et, confiant, je me lance… et reste planté sur la tête, les jambes en l’air… Instant terrible, 25 visages à l’envers, bouche ouverte, suspendus… jusqu’à la chute finale. Évidemment fou rire général et terrible constat pour moi : la vieillesse est un naufrage.

Après 2, 3 ‘ de pause, têtu et concentré, je me lance à nouveau, avec succès et sous les applaudissements, l’honneur est sauf. Mais je garderai longtemps cette image des 25 élèves incrédules, à l’envers…

Conjonctions : l’avantage du double niveau CM1/CM2, c’est que les plus jeunes « profitent » du travail des plus grands. Nous avions pas mal travaillé, les dernières semaines, sur les conjonctions de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car, …) avec les CM2. Un matin, après le calcul mental, nous travaillions sur la phrase du jour, classe entière. Au tableau, je montre le mot « et » et je demande quelle est la nature de ce mot ? Les doigts se lèvent chez les CM2 et brutalement, Tom, en CM1, brandit sa main. Évidemment, j’apprécie que les plus jeunes participent aussi activement d’autant plus quand ils sont censés ne pas avoir encore abordé la notion. Je lui donne la parole et il me dit fièrement :

« C’est une conjonction de coordination !

– Très bien, bravo, et comment as-tu trouvé ?

– Et bien, parce qu’on peut dire «  Mais-ou-et-donc-le-ri-car »

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